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	<title>Gilles Saussier - Photography</title>
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	<description>Gilles Saussier, artist. Texts and documentary photographic projects include Studio Shakhari Bazar, Le Tableau de Chasse, Envers des villes/endroit des corps, Empire 565, Southgate &amp; Saussier. Exhibitions : Dokumenta 11, Kunst Museum Basel Covering the real, MACBA/Universal Archive, Galerie Z&#252;rcher Paris-NY</description>
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		<title>Gilles Saussier - Photography</title>
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		<title>180 Km avant la mer</title>
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		<dc:subject>Intro</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En 2009, Gilles Saussier passe commande &#224; L'Institut national de l'information g&#233;ographique et foresti&#232;re (IGN) d'un trac&#233;, livr&#233; sous la forme de cinquante extraits cartographiques &#224; l'&#233;chelle 1 : 25 000, qui prolonge l'avenue des Champs-&#201;lys&#233;es en ligne droite jusqu'&#224; la Manche dans la perspective de l'axe historique parisien du Louvre &#224; la D&#233;fense. Devenu l'explorateur de ce trac&#233; imaginaire, le photographe substitue sa logique &#224; celle des op&#233;rateurs publics et priv&#233;s, d&#233;positaires tel (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 2009, Gilles Saussier passe commande &#224; L'Institut national de l'information g&#233;ographique et foresti&#232;re (IGN) d'un trac&#233;, livr&#233; sous la forme de cinquante extraits cartographiques &#224; l'&#233;chelle 1 : 25 000, qui prolonge l'avenue des Champs-&#201;lys&#233;es en ligne droite jusqu'&#224; la Manche dans la perspective de l'axe historique parisien du Louvre &#224; la D&#233;fense. Devenu l'explorateur de ce trac&#233; imaginaire, le photographe substitue sa logique &#224; celle des op&#233;rateurs publics et priv&#233;s, d&#233;positaires tel l'IGN de la toute puissance de la carte et des toponymes. Il engage un contre-r&#233;cit faisant remonter l'histoire et les sp&#233;cificit&#233;s des p&#233;riph&#233;ries proches ou lointaines vers la centralit&#233; parisienne au lieu de se soumettre &#224; sa toute puissance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis plusieurs ann&#233;es, Gilles Saussier explore l'ensemble des lieux et des activit&#233;s situ&#233;s sur ce trac&#233; de l'axe historique parisien jusqu'&#224; la mer et organise des observatoires informels avec diff&#233;rents partenaires (&#233;tablissements scolaires, associations locales, centres d'art). &#192; chaque &#233;tape de cet &lt;i&gt;atlas documentaire&lt;/i&gt;, il engage des rencontres avec les habitants et avec les usagers du territoire. Au fil des 180 kilom&#232;tres qui s&#233;parent Paris de la Manche, une histoire locale, po&#233;tique et &#233;mouvante ressurgit &#224; travers le mat&#233;riau collect&#233; (r&#233;cits, photographies, objets et documents trouv&#233;s) et &#224; sa mise en espace le plus souvent &lt;i&gt;in-situ&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux expositions r&#233;centes de ce projet ont eu lieu lors des 500 ans du Havre en 2017 (&lt;i&gt;La Forme&lt;/i&gt; Lieu d'exposition Art Contemporain Architecture) et en 2019 &#224; Nanterre (&lt;i&gt;La Terrasse La Forme&lt;/i&gt; espace d'art). G. Saussier a confront&#233; l'histoire des derniers habitants de &lt;i&gt;L'&#206;le Fleurie&lt;/i&gt; - o&#249; il avait r&#233;alis&#233; en 1988 son premier reportage, publi&#233; dans &lt;i&gt;The Independent Magazine&lt;/i&gt; (kilom&#232;tre 11) - &#224; celle de la bande littorale des &lt;i&gt;Basses falaises&lt;/i&gt; (kilom&#232;tre 180) au nord du Havre. Le public a pu d&#233;couvrir que le dernier monument ponctuant l'axe historique parisien est une montagne d'ordures - l'ancienne d&#233;charge du &lt;i&gt;Clos des ronces&lt;/i&gt; - dont le front instable d'immondices et de gravats, d&#233;vers&#233;s directement depuis le sommet de la falaise, continue de polluer gravement la bande littorale et les cabanoniers riverains, victimes de l'&#233;rosion c&#244;ti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce parcours de Nanterre au Havre, dessine un portrait en creux du Grand Paris et d&#233;place la figure du chiffonnier litt&#233;raire et de sa hotte - ch&#232;re &#224; Baudelaire, &#224; Walter Benjamin, et &#224; Eugene Atget - en naufrageur dont le crochet ne heurte plus le pav&#233; des rues mais &lt;i&gt;s'escrime&lt;/i&gt; sur les galets des plages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le long du vieux faubourg, o&#249; pendent aux masures&lt;br class='autobr' /&gt;
Les persiennes, abri des secr&#232;tes luxures,&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand le soleil cruel frappe &#224; traits redoubl&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur la ville et les champs, sur les toits et les bl&#233;s,&lt;br class='autobr' /&gt;
Je vais m'exercer seul &#224; ma fantasque escrime,&lt;br class='autobr' /&gt;
Flairant dans tous les coins les hasards de la rime,&lt;br class='autobr' /&gt;
Tr&#233;buchant sur les mots comme sur les pav&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
Heurtant parfois des vers depuis longtemps r&#234;v&#233;s.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charles Baudelaire, &lt;i&gt;Le soleil&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Tableaux parisiens, Les fleurs du mal&lt;/i&gt; (1857)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Spolia</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
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		<dc:subject>Intro</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Spolia est un recueil de photographies des Carpates m&#233;ridionales, la r&#233;gion natale du sculpteur roumain Constantin Brancusi (1876-1957). Ce recueil suit le cours du Jiu entre Petrosani, o&#249; la Colonne sans fin f&#251;t fabriqu&#233;e en 1937, et T&#226;rgu Jiu, o&#249; elle fut &#233;rig&#233;e en 1938 (les deux villes sont distantes de cinquante kilom&#232;tres). Seule &#339;uvre construite par Brancusi dans l'espace public, l'ensemble monumental de T&#226;rgu Jiu comprend trois &#233;l&#233;ments : la Table du silence, la Porte du baiser et la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Spolia est un recueil de photographies des Carpates m&#233;ridionales, la r&#233;gion natale du sculpteur roumain Constantin Brancusi (1876-1957). Ce recueil suit le cours du Jiu entre Petrosani, o&#249; la Colonne sans fin f&#251;t fabriqu&#233;e en 1937, et T&#226;rgu Jiu, o&#249; elle fut &#233;rig&#233;e en 1938 (les deux villes sont distantes de cinquante kilom&#232;tres). Seule &#339;uvre construite par Brancusi dans l'espace public, l'ensemble monumental de T&#226;rgu Jiu comprend trois &#233;l&#233;ments : la Table du silence, la Porte du baiser et la Colonne sans fin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Avec Spolia, Gilles Saussier poursuit son interrogation crois&#233;e de l'histoire contemporaine de la Roumanie et de la sculpture moderne, de Brancusi au minimalisme. Il part de faits r&#233;els enfouis et d'&#233;l&#233;ments d'enqu&#234;tes de terrain, comme la d&#233;couverte d'un clone de la Colonne sans fin fabriqu&#233; en 2001 dans les Ateliers centraux des mines de Petrosani (ACP) o&#249; l'oeuvre originale avait &#233;t&#233; fondue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce site industriel - o&#249; 4000 ouvriers travaillaient jusqu'&#224; la r&#233;volution de 1989 contre moins d'une centaine aujourd'hui - permet d'&#233;voquer tout &#224; la fois la reproductibilit&#233; de la Colonne sans fin, le r&#244;le du bureau d'&#233;tude de l'usine ayant abouti &#224; arr&#234;ter sa hauteur &#224; moins de la moiti&#233; de celle souhait&#233;e initialement par Brancusi (29,33 m&#232;tres au lieu de 60 m&#232;tres) et la disparition de savoir-faire dont l'int&#233;grit&#233; n'avait souvent rien &#224; envier au travail artistique. Si le clone de la colonne demeur&#233; gisant dans l'usine comme &#224; l'int&#233;rieur d'une chambre noire, appartient &#224; la cat&#233;gorie des ruines &#224; l'envers, l'original &#233;rig&#233; &#224; T&#226;rgu-Jiu est peut &#234;tre le monument &#224; posteriori de la fin du travail industriel. Fin du travail dont la concomitance des d&#233;buts du stakhanovisme (1935) et de la fabrication de la Colonne sans fin (1937) sonnait d&#233;j&#224; comme le pr&#233;lude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prolongeant les s&#233;ries du Tableau de chasse (2010), les photographies de Spolia r&#233;v&#232;lent un arri&#232;re-pays roumain de Brancusi dans lequel &#233;mergent plusieurs entit&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Le monde du m&#233;tal dans l'usine des Ateliers centraux des mines de Petrosani (ACP), o&#249; fut fabriqu&#233;e la Colonne sans fin en 1937, ainsi que son clone en 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Le monde du charbon dans la ville voisine de Petrila, dont le puits minier s'enfonce de pr&#232;s d'un kilom&#232;tre sous terre, comme le n&#233;gatif invers&#233; de la Colonne sans fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Le monde de la pierre au fil du Jiu et de la ligne de chemin de fer Bumbesti - Livezeni qui fut le grand chantier patriotique et monumental de la Roumanie communiste (1948).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Le monde du bois et l'architecture vernaculaire dans les campagnes proches de T&#226;rgu-Jiu et du village natal de Brancusi, Hobita, au pied des Carpates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilles Saussier transforme son parcours dans chacune de ces entit&#233;s en la visite de l'atelier d'un sculpteur dont l'activit&#233; serait &#224; l'&#233;gale du Jiu et de ses m&#233;andres qui forment la colonne liquide de cet arri&#232;re-pays de Brancusi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces entit&#233;s sont &#233;galement des monades d'o&#249; m&#233;diter sur les prolongements de la r&#233;volution roumaine : min&#233;riades pendant lesquelles les mineurs de la vall&#233;e du Jiu march&#232;rent sur Bucarest pour s'attaquer aux forces d&#233;mocratiques (1990-1991), ruine et fermeture des sites miniers et industriels depuis 1997, d&#233;cadence des figures populaires de l'aristocratie ouvri&#232;re (mineurs, m&#233;tallos, cheminots).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au partage abusif du monde entre le r&#233;el et la fiction, Spolia oppose la qu&#234;te d'une essence cach&#233;e des &#234;tres et des choses ch&#232;re &#224; Constantin Brancusi. Un en-de&#231;&#224; du r&#233;el que l'&#339;il d&#233;senfouit et lib&#232;re par la taille directe dans le mat&#233;riau documentaire. Spolia signifie en roumain le soi des choses.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Biographie</title>
		<link>https://www.gilles-saussier.fr/information/biographie</link>
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		<dc:date>2011-02-24T11:05:14Z</dc:date>
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		<description>
&lt;p&gt;Gilles Saussier (1965 - Suresnes), propose une d&#233;marche documentaire exp&#233;rimentale, dans laquelle les photographies ne figent pas les gestes et les r&#233;cits de l'histoire, mais bousculent le travail de d&#233;finition stable de la m&#233;moire des images. Modifiant en permanence l'interpr&#233;tation, le sens, et la destination de s&#233;ries d'images, tir&#233;es ou non de son activit&#233; pass&#233;e de photo-reporter (1989-1994), sa pratique assume l'acte photographique comme un acte performatif, entre relecture de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.gilles-saussier.fr/information/" rel="directory"&gt;Information&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Gilles Saussier (1965 - Suresnes), propose une d&#233;marche documentaire exp&#233;rimentale, dans laquelle les photographies ne figent pas les gestes et les r&#233;cits de l'histoire, mais bousculent le travail de d&#233;finition stable de la m&#233;moire des images. Modifiant en permanence l'interpr&#233;tation, le sens, et la destination de s&#233;ries d'images, tir&#233;es ou non de son activit&#233; pass&#233;e de photo-reporter (1989-1994), sa pratique assume l'acte photographique comme un acte performatif, entre relecture de la tradition documentaire, variables anthropologiques et h&#233;ritage du minimalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son travail a fait l'objet d'une double r&#233;trospective : &lt;i&gt;Site Specific&lt;/i&gt; (2015) au FRAC Haute-Normandie, et &lt;i&gt;Vitrine, fourrure, photographie&lt;/i&gt; (2016) au CPIF Ile-de-France. Il a &#233;galement particip&#233; aux expositions collectives &lt;i&gt;The image of war&lt;/i&gt; (Bonniers Konsthall Stockholm, 2017), &lt;i&gt;Universal Archive au MACBA de Barcelone&lt;/i&gt; (2008), &lt;i&gt;Covering the real&lt;/i&gt; au Kunstmuseum de B&#226;le (2005), &lt;i&gt;Des Territoires&lt;/i&gt; &#224; l'ENSBA Paris (2001), et &#224; la &lt;i&gt;documenta 11&lt;/i&gt; de Kassel (2002).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proche des pratiques artistiques de &lt;i&gt;site-specific&lt;/i&gt; qui, selon l'historien d'art Hal Forster, visent &#224; recouvrer des histoires refoul&#233;es, &#224; activer des espaces culturels perdus, &#224; proposer des contre-m&#233;moires historiques, Gilles Saussier a publi&#233; aux &#233;ditions du &lt;i&gt;Point du Jour&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Studio Shakhari bazar&lt;/i&gt; (2006), &lt;i&gt;Le Tableau de chasse&lt;/i&gt; (2010) &lt;i&gt;Spolia&lt;/i&gt; (2018).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dipl&#244;m&#233; en arts plastiques de l'Universit&#233; de Paris I Panth&#233;on- Sorbonne, il est aussi l'auteur de textes th&#233;oriques sur les enjeux contemporains de la photographie documentaire dont &lt;i&gt;Situations du reportage, actualit&#233; d'une alternative documentaire&lt;/i&gt; (Communications n&#176;71, Seuil-EHESS, 2001), &lt;i&gt;Retourner l'actualit&#233;, Photo-journalisme et art contemporain&lt;/i&gt; (Maison Rouge - &#201;ditions des Archives contemporaines, 2008.), &lt;i&gt;Pour un documentaire exp&#233;rimental&lt;/i&gt; (Artpress : La photographie post-documentaire, 2016).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1988 : Premier reportage sur les derniers habitants de &lt;i&gt;l'&#206;le Fleurie&lt;/i&gt; (Nanterre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1989 : Entre &#224; l'agence Gamma Presse Images. Couvre l'effondrement du bloc sovi&#233;tique. Prim&#233; au World Press Photo, au festival d'Angers (Prix du jeune photo-journaliste), au Picture Of the Year (POY) pour ses photographies de la R&#233;volution roumaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1991 : Couvre la Guerre du Golfe et l'offensive sur le Koweit. Premier s&#233;jour au Bangladesh suite au cyclone Gorky du 29 avril 1991 qui fait 138.000 victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1995/96 : S'installe au Bangladesh. Initie un projet de coop&#233;ration avec les photographes bangladais du collectif MAP, projet prim&#233; par la Fondation de France (Prix Salavin-Fournier). Premi&#232;res photographies dans &lt;i&gt;Shakhari bazar&lt;/i&gt; et la vieille ville de Dhaka. Travaille sur le projet &lt;i&gt;Living in the fringe&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1996-97 : Retour en France. Reprend ses &#233;tudes en anthropologie visuelle &#224; l'&#201;cole des Hautes &#201;tudes en Sciences Sociales (EHESS - Paris). R&#233;side &#224; Calcutta apr&#232;s avoir &#233;t&#233; laur&#233;at de la &lt;i&gt;villa M&#233;dicis Hors-les-murs. Laur&#233;at du prix &lt;i&gt;Motherjones&lt;/i&gt; aux Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1998/2001 : Participe au s&#233;minaire &lt;i&gt;Des Territoires&lt;/i&gt; &#224; l'&#233;cole des Beaux-arts de Paris. Publie &lt;i&gt;Situations du reportage, actualit&#233; d'une alternative documentaire&lt;/i&gt; dans la revue Communications (EHESS). Premi&#232;re participation &#224; une exposition d'art contemporain (Des territoires&lt;/i&gt; &#8211; ENSBA).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2002 : Invit&#233; &#224; participer &#224; la &lt;i&gt;documenta 11&lt;/i&gt; par Carlos Basualdo avec le projet &lt;i&gt;Retour au pays&lt;/i&gt;. S'installe avec sa famille aux Andelys (Eure).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2003 : Premi&#232;re exposition personnelle, &lt;i&gt;Retour au Pays&lt;/i&gt;, &#224; la galerie Z&#252;rcher (Paris). D&#233;bute le projet du &lt;i&gt;Tableau de chasse&lt;/i&gt; en Roumanie (Timisoara).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2005 : Participe &#224; l'exposition &lt;i&gt;Covering the Real, art contemporain et photo-journalisme de Wahrol &#224; Tillmans&lt;/i&gt; au Kunstmuseum de B&#226;le dont le commissaire est Hartwig Fisher (actuel directeur du &lt;i&gt;British Museum&lt;/i&gt;) avec O. Kawara, G. Orozco, S. Polke, G. Richter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2006-07 : Publie &lt;i&gt;Studio Shakhari Bazar&lt;/i&gt; aux &#233;ditions du Point du Jour. Commande du MACBA de Barcelone et participation &#224; l'exposition &lt;i&gt;L'archive Universelle, la condition du document et l'utopie photographique moderne&lt;/i&gt; avec L. Baumgartner, H.P Feldman, D. Golblatt, A. Sekula.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2008 : D&#233;c&#232;s de son p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2009/2010 : Expose et publie &lt;i&gt;Le Tableau de chasse&lt;/i&gt; au Point du jour centre d'art-&#233;diteur &#224; Cherbourg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2011 : D&#233;bute le projet &lt;i&gt;Spolia&lt;/i&gt; sur le territoire roumain de l'oeuvre de Brancusi et l'ensemble monumental de T&#226;rgu-Jiu (Laur&#233;at bourse Cultures France)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2012 : Invit&#233; par les artistes-chor&#233;graphes R&#233;my H&#233;ritier et Laurent Pichaud dans le cadre du projet &lt;i&gt;&#201;dition sp&#233;ciale#La Montagne d'Aubervilliers&lt;/i&gt; aux Laboratoires d'Aubervilliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2013 : Enseignant &#224; l'&#201;cole Nationale Sup&#233;rieure de la Photographie (ENSP) Arles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2015/16 : Exposition r&#233;trospective de mi-carri&#232;re au FRAC Rouen Normandie (Site specific) et au Centre photographique d'Ile-de-France (Fourrure vitrine photographie&lt;/i&gt; avec St&#233;phanie Solinas).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2017 : Expose &lt;i&gt;Le Tableau de chasse&lt;/i&gt; lors de l'exposition et du colloque international &lt;i&gt;The image of war&lt;/i&gt; au Bonniers Konsthall de Stockholm dont le commissaire est Theodor Ringborg avec A. Jaar, N. Sadr Haghighian, M. Rosler, A. Sekula.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2018 : Participe au colloque &lt;i&gt;Nouvelles th&#233;ories de la photographie. Approches analytiques et continentales&lt;/i&gt; (Paris Sorbonne Universit&#233;) et pr&#233;sente &lt;i&gt;Spolia&lt;/i&gt; &#224; la biblioth&#232;que Kandinsky (Centre Pompidou).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2019 : Artiste en r&#233;sidence CLEA &#224; l'espace d'art &lt;i&gt;La Terrasse&lt;/i&gt; Nanterre. Expose &lt;i&gt;180 km avant la mer&lt;/i&gt; dans le prolongement de la Grande Arche et de l'axe historique parisien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Expositions collectives (s&#233;lection)&lt;/strong&gt; &#8226; &lt;i&gt;Paysages fran&#231;ais, une aventure photographique,&lt;/i&gt; Biblioth&#232;que Nationale de France, Paris, 2018&#8226; &lt;i&gt;The image of war, Bonniers Konsthall, Stockholm, 2017 &#8226;180 kilom&#232;tres avant la mer, avec Louis Matton, Objet autonomes, La Forme,&lt;/i&gt; Art contemporain Architecture, Le Havre, 2017&#8226; &lt;i&gt;Fourrure, vitrine, photographie,&lt;/i&gt; avec St&#233;phanie Solinas, CPIF Pontault-Combault, 2016 &#8226; &lt;i&gt;Learning photography,&lt;/i&gt; FRAC Rouen Normandie, Sotteville-l&#232;s-Rouen, 2012 &#8226; &lt;i&gt;La Montagne d'Aubervilliers,&lt;/i&gt; Les Laboratoires d'Aubervilliers, 2012. &#8226; &lt;i&gt;L'Archive universelle, la condition du document et l'utopie photographique&lt;/i&gt; moderne MACBA, Barcelone, 2008. &#8226; &lt;i&gt;La R&#233;gion humaine&lt;/i&gt;, MOCA, Lyon, 2006. &#8226; &lt;i&gt;Covering the real&lt;/i&gt;, Kunstmuseum de B&#226;le, Suisse, 2005. &#8226; &lt;i&gt;documenta 11&lt;/i&gt;, Kassel, Allemagne, 2002. &#8226; &lt;i&gt;Des Territoires,&lt;/i&gt; &#233;cole nationale sup&#233;rieure des beaux-arts (ENSBA), Paris, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Expositions personnelles (s&#233;lection)&lt;/strong&gt; &#8226; &lt;i&gt;180 km avant la mer&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La Terrasse&lt;/i&gt; espace d'art de Nanterre, 2019 &#8226; &lt;i&gt;Spolia, Spolia,&lt;/i&gt; galerie de l'&#233;cole sup&#233;rieure des beaux-arts de N&#238;mes (ESBAN), 2018 &#8226; &lt;i&gt;Spolia&lt;/i&gt;, Centre de Photographie Le Bleu du ciel, Septembre de la Photographie Lyon, 2016 &#8226; &lt;i&gt;Site specific&lt;/i&gt; (FRAC) Haute-Normandie, Sotteville-l&#232;s-Rouen, 2015 &#8226; &lt;i&gt;Le Tableau de chasse&lt;/i&gt;, Centre d'Art le Point du jour Cherbourg, 2010. &#8226; &lt;i&gt;Le Tableau de chasse&lt;/i&gt;, Artoth&#232;que de Caen, 2009 &#8226; &lt;i&gt;Studio Shakhari Bazar&lt;/i&gt;, Galerie Z&#252;rcher, Paris 2006 &#8226; &lt;i&gt;Envers des villes, endroit des corps&lt;/i&gt;, Galerie Z&#252;rcher, Paris 2005 &#8226; &lt;i&gt;Studio Shakhari Bazar&lt;/i&gt;, centre de la Photographie Gen&#232;ve 2005 . &#8226; &lt;i&gt;Retour au pays&lt;/i&gt;, Galerie Z&#252;rcher, Paris 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Publications (s&#233;lection)&lt;/strong&gt; &#8226; &lt;i&gt;Spolia&lt;/i&gt;, Le Point du jour &#233;diteur, France, 2018 &#8226; &lt;i&gt;Le Tableau de Chasse&lt;/i&gt;, Le Point du jour &#233;diteur, France, 2010. &#8226; &lt;i&gt;Studio Shakhari Bazar&lt;/i&gt;, Le Point du jour &#233;diteur, France, 2006. &#8226; &lt;i&gt;Le Ruban documentaire&lt;/i&gt;, &#233;ditions 779, Paris, France, 2003. &#8226; &lt;i&gt;Living in the fringe&lt;/i&gt;, &#233;ditions Figura, Paris, France,1998.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Retour au pays</title>
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&lt;p&gt;On acc&#232;de au donjon du ch&#226;teau de La Roche-Guyon, b&#226;ti vers 1190, par un escalier troglodyte, creus&#233; dans le calcaire cr&#233;tac&#233; du coteau, &#224; la mani&#232;re de ces galeries secr&#232;tes qui, sur la c&#244;te d'alb&#226;tre, m&#232;nent du galet des criques jusqu'au sommet de la falaise. Cent vingt marches dont certaines hautes comme des seuils. On parvient au sommet de la tour le souffle si court que la vue peine &#224; le couper davantage. Elle est pourtant abrupte et remarquablement d&#233;gag&#233;e, embrassant le n&#339;ud coulant (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On acc&#232;de au donjon du ch&#226;teau de La Roche-Guyon, b&#226;ti vers 1190, par un escalier troglodyte, creus&#233; dans le calcaire cr&#233;tac&#233; du coteau, &#224; la mani&#232;re de ces galeries secr&#232;tes qui, sur la c&#244;te d'alb&#226;tre, m&#232;nent du galet des criques jusqu'au sommet de la falaise. Cent vingt marches dont certaines hautes comme des seuils. On parvient au sommet de la tour le souffle si court que la vue peine &#224; le couper davantage. Elle est pourtant abrupte et remarquablement d&#233;gag&#233;e, embrassant le n&#339;ud coulant d'une boucle de Seine, l'une des plus resserr&#233;e entre Paris et Rouen, avec celle des Andelys, si&#232;ge d'une autre forteresse fameuse, Ch&#226;teau Gaillard. Souveraine sur son c&#244;t&#233; m&#233;ridional, cette vue est emp&#234;ch&#233;e au nord par un couvert dense et commun de prunelliers, d'aub&#233;pines, de charmes, de ch&#234;nes, de merisiers couvrant la limite sup&#233;rieure du coteau. Avant la R&#233;volution, la tour haute de plus d'une trentaine de m&#232;tres, affleurait le rebord du plateau du Vexin, portant sans doute la vue sur le vaste arri&#232;re-pays de l'ancien Duch&#233; et sur la fronti&#232;re historique de l'Epte, qui longtemps s&#233;para le royaume de France du duch&#233; de Normandie. Mais le d&#233;partement de Seine-et-Oise, craignant que des forces contre-r&#233;volutionnaires ne s'en emparent, ordonna son d&#233;mant&#232;lement en 1793. Les d&#233;molisseurs jet&#232;rent &#224; bas les pierres du donjon jusqu'&#224; combler les foss&#233;s d'enceinte, puis se lass&#232;rent de l'entreprise. La tour conserva vingt m&#232;tres. Suffisamment pour continuer de dominer la vall&#233;e de Seine, et les all&#233;es rectilignes de la grande for&#234;t de Moisson sur la rive oppos&#233;e. Trop peu d&#233;sormais, pour porter la vue au-del&#224; de la cr&#234;te. La perp&#233;tuit&#233; d'un pays est peut-&#234;tre au prix de cette soustraction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'aplomb du donjon, au pied de la falaise, la famille La Rochefoucault re&#231;ut dans le logis seigneurial certains des plus vifs esprits du si&#232;cle des lumi&#232;res : Turgot, d'Alembert, Condorcet. La vue avait chang&#233; d'objet. La surveillance du fleuve et le p&#233;age des marchandises sur l'eau ne contentaient plus les d&#233;positaires de ce pouvoir vigie, qui scrutaient d&#233;sormais le ciel avec un t&#233;lescope, s'attardaient sur les min&#233;raux du cabinet de curiosit&#233; ou fixaient le plafond du salon, d&#233;cor&#233; d'un ciel en trompe-l'&#339;il, pour mieux &#233;couter la conversation des savants avec la ma&#238;tresse des lieux, la duchesse d'Enville. Craquel&#233; par endroits comme la coquille d'un oeuf o&#249; d'une mappemonde, ce ciel peint figure la rature d&#233;licate et abstraite du point de vue qui le surplombe, ruines d'un donjon qui ne sert plus qu'&#224; l'&#233;dification des visiteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Marseillaise&lt;/i&gt; (1938), film de Jean Renoir, d&#233;bute &#224; la cour de Versailles. Le duc Fran&#231;ois Alexandre de La Rochefoucauld-Liancourt, interpr&#233;t&#233; par William Aguet, vient avertir nuitamment Louis XVI (Pierre Renoir) de la prise de la Bastille. Mais le roi dort. &lt;i&gt;&#8216;Il y a eu aujourd'hui une fameuse partie de chasse, et sa majest&#233; dort comme Hercule apr&#232;s ses travaux'&lt;/i&gt; pr&#233;vient l'entourage qui ignore que Louis XVI, sujet &#224; une fringale nocturne, d&#233;vore un poulet dans son lit. &lt;i&gt;&#8216;C'est cette chasse',&lt;/i&gt; lance le roi au duc de La Rochefoucault-Liancourt qui fait son entr&#233;e. &lt;i&gt;&#8216;Nous avons poursuivi un dix cors ,et ils se font rares aujourd'hui'.&lt;/i&gt; &#192; Louis XVI qui lui demande si le soul&#232;vement parisien est une r&#233;volte, le duc r&#233;pond par ce mot pass&#233; &#224; la post&#233;rit&#233; : &lt;i&gt;&#8216;Non sire, c'est une r&#233;volution &#8216;.&lt;/i&gt; Le tableau suivant s'ouvre en Provence sur un gros plan de pigeons picorant un champs. Un paysan &#233;maci&#233;, Cabri, qu'interpr&#232;te Edouard Delmont, abat l'un d'eux d'un coup de fronde. Le seigneur du village (Maurice Escande), entour&#233; de ses gardes, le prend sur le fait. &lt;i&gt;&#8216;Je t'ai vu' &lt;/i&gt; lance-t-il, en caressant sa badine dans la paume de la main. Suivent le proc&#232;s et la perspective disproportionn&#233;e d'une condamnation aux gal&#232;res. Cabri s'y soustrait en s'&#233;chappant par une fen&#234;tre. Franchissant un torrent, le paysan braconnier gagne les hauteurs et se lie &#224; deux citadins r&#233;volutionnaires qui se cachent eux aussi dans le maquis. Depuis les Lumi&#232;res, les repr&#233;sentations litt&#233;raires et cin&#233;matographiques du pays, sont souvent du c&#244;t&#233; de l'escarpement, de la mi-pente. Bien plus qu'un en de&#231;&#224; du paysage qui partout se donnerait &#224; voir dans les molles &#233;tendues de campagnes cultiv&#233;es, le pays est ce qui, entre la plaine et la montagne, r&#233;siste au paysage et &#224; l'emprise du regard ext&#233;rieur. Dans la vall&#233;e de l'Epte, la succession des fermes anciennes (Chesnay, Val perron) et des hameaux (Saint-Leu) suit la ligne d'escarpement des vaux perpendiculaires &#224; la vall&#233;e (Roconval, Mauverand, Val perron, val du ru de Chaussy) et m&#233;nage la possibilit&#233; de voir venir. Port&#233;e de vue qui valait bien dur&#233;e de vie au temps des fr&#233;quentes incursions vikings (851, 885) puis des affrontements incessants entre le royaume de France et le duch&#233; de Normandie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la recherche d'&#233;l&#233;ments sur les relations du duch&#233; de La Roche-Guyon et de son arri&#232;re-pays au si&#232;cle des lumi&#232;res, je consulte aux archives d&#233;partementales du Val d'Oise une liasse de proc&#232;s-verbaux. L'un d'eux datant du 8 juin 1777 relate un fait de braconnage perp&#233;tr&#233; par le d&#233;nomm&#233; Claude Heudebert fils, tailleur de pierres, habitant Roconval, surpris par trois gardes-chasse, plaines, bois, eaux et for&#234;ts d&#233;pendant du Duch&#233; de La Roche-Guyon. Ayant entendu tirer&lt;i&gt; &#8216;dans les environs de la remise de la Coste Morin',&lt;/i&gt; les trois gardes s'y &#233;taient embusqu&#233;s au petit matin. Sur les dix heures moins le quart, le bruit d'un coup de fusil les fait se relever &lt;i&gt;&#8216;de l'endroit de leur embuscade'&lt;/i&gt; pour apercevoir &#8216;&lt;i&gt;la fum&#233;e du coup'&lt;/i&gt;, et surprendre Claude Heudebert, tailleur de pierre demeurant au dit Roconval' sur lequel est saisi &lt;i&gt;&#8216;un pigeon mort et tout chaud'.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#8216;Le rejoint'&lt;/i&gt; nie le fait et soutient qu'il n'est pas le tireur, qu'il est vrai qu'il a entendu le bruit, qu'il en ignore l'origine, et qu'il a ramass&#233; le pigeon dans le sentier. Pr&#233;venu du proc&#232;s-verbal, il rentre chez-lui pendant que les gardes fouillent&lt;i&gt; &#8216;une pi&#232;ce d'avoine attenante &#224; celle de fillasse',&lt;/i&gt; et d&#233;couvrent un second pigeon &lt;i&gt;&#8216;tir&#233; comme le premier &#224; coup de fusil et battant encore de l'aile'&lt;/i&gt;. Ils se transportent pour d&#233;poser le tout en la recette de madame la Duchesse o&#249; se trouve d&#233;j&#224; le sieur Heudebert p&#232;re, venu demander gr&#226;ce pour son fils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sait pas l'issue de cette affaire, mais il est probable que Claude Heudebert fils n'a pas fini aux gal&#232;res. Les condamnations de cette s&#233;v&#233;rit&#233; pour des faits de braconnage furent rares (six de 1680 &#224; 1715, treize de 1716 &#224; 1748). Elles impliquaient g&#233;n&#233;ralement la r&#233;cidive dans la chasse au gros gibier, voire le meurtre de gardes. Dans notre cas, une amende de 100 livres ou moins, ainsi que pr&#233;valait l'usage est plausible. Roger Heudebert ignore combien de g&#233;n&#233;rations le s&#233;parent de cet a&#239;eul braconnier dont je lui r&#233;v&#232;le l'existence, mais l'anecdote ne peut qu'amuser celui qui, depuis dix ans est le locataire de la chasse en for&#234;t domaniale de La Roche-Guyon. Son patronyme figure aussi dans la monographie de la commune d'Amenucourt, r&#233;dig&#233;e par l'instituteur du village en 1899, qui pr&#233;cise qu'un d&#233;nomm&#233; Claude Heudebert &#8211; on ne sait pas s'il s'agit du p&#232;re ou du fils &#8211; devint maire du village en 1793. Des &#233;coliers qui fr&#233;quent&#232;rent la classe unique d'Amenucourt apr&#232;s-guerre, Roger Heudebert est un des seuls &#224; avoir fait sa vie sur place. Apr&#232;s l'&#233;cole, il aidait son grand-p&#232;re Henri qui poss&#233;dait, sur le hameau de Roconval, une petite ferme d'avant la m&#233;canisation agricole. &lt;i&gt;&#8216;Nous avions trois chevaux pour les labours, sinon tout se faisait &#224; la main. Les saisons commandaient. En mai nous faisions les foins, en juillet et en ao&#251;t les moissons. Mon grand-p&#232;re cultivait du bl&#233;, de l'orge, et de l'avoine pour les chevaux sur le haut du val, de la betterave et de la luzerne dans le bas pr&#232;s de l'abreuvoir et quelques parcelles de peupliers, c&#244;t&#233; marais'.&lt;/i&gt; &#192; seize ans, Roger Heudebert est entr&#233; dans une usine de chaudronnerie de Gasny qui l'emploie toujours. Jeune homme, il travaillait le soir chez la duchesse La Rochefoucault, montait le bois dans les bras - &lt;i&gt;&#8216;tous les escaliers jusqu'&#224; la salle des gardes et encore l'escalier du dessus'-&lt;/i&gt;, nettoyait les pelouses, piochait les all&#233;es du parc &lt;i&gt;&#8216;qui montent en serpent'&lt;/i&gt;. Elles sont aujourd'hui, ensevelies sous le filtre des baliveaux, la cavalcade de ronces, comme ont aussi disparu sous la v&#233;g&#233;tation du coteau les cultures de plantes tinctoriales, de vignes, d'arbres fruitiers et les herbages &#224; moutons d'antan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au tournant du si&#232;cle dernier, le ch&#226;teau de La Roche-Guyon et la vue des coteaux de Seine inspir&#232;rent de nombreux peintres : Camille Pissarro r&#233;alisa une pointe s&#232;che du ch&#226;teau et deux huiles, &lt;i&gt;La promenade &#224; &#226;ne &#224; La Roche-Guyon&lt;/i&gt; (1867), Claude Monet, &lt;i&gt;La Seine entre V&#233;theuil et La Roche-Guyon et le ch&#226;teau de la Roche-Guyon&lt;/i&gt; (1881) et Pierre-Auguste Renoir plusieurs toiles pour le marchand Durand-Ruel pendant l'&#233;t&#233; 1885. On ne conna&#238;t en revanche aucune &#339;uvre repr&#233;sentant l'arri&#232;re-pays hormis la s&#233;rie des peupliers de Claude Monet, pour laquelle le peintre fit l'acquisition d'une peupleraie promise &#224; l'abattage. Pendant son s&#233;jour, Auguste Renoir logeait &#224; l'&#233;tage du caf&#233;-tabac de la Grande rue o&#249; je discute avec Roger Heudebert. Auguste Renoir &#233;tait accompagn&#233; d'Aline Charigot et de leur fils Pierre, &#224; qui Jean, son fr&#232;re cadet, n&#233; en 1894, offrit successivement les r&#244;les du commissaire Maigret dans &lt;i&gt;La nuit du carrefour&lt;/i&gt; (1932), de Charles Bovary dans &lt;i&gt;Madame Bovary&lt;/i&gt; (1933-1934), et de Louis XVI dans &lt;i&gt;La Marseillaise&lt;/i&gt; (1937-1938). Dans un livre de souvenirs consacr&#233; &#224; son p&#232;re, Jean Renoir &#233;voque l'enfance d'Auguste dans les logements populaires de l'esplanade du Louvre, qui n'&#233;tait pas &#224; l'&#233;poque ouverte sur les Tuileries et l'Ouest parisien, mais ferm&#233;e par le palais du m&#234;me nom, incendi&#233; sous la Commune. Certains dimanches, Auguste accompagnait un voisin &#224; la chasse et portait son carnier dans les champs de bl&#233; qui s'&#233;tendaient &#224; l'emplacement de la gare Saint-Lazare et du quartier de l'Europe.&lt;i&gt; &#8216;Ce terrain &#233;tait, para&#238;t-il, fort giboyeux. Les li&#232;vres surtout y abondaient. Quand la chasse avait &#233;t&#233; bonne, le voisin donnait &#224; son jeune acolyte, quelque belle pi&#232;ce qui venait renforcer l'ordinaire de la famille. Mon p&#232;re ne manquait jamais, apr&#232;s ces &#233;vocations cyn&#233;g&#233;tiques, de mettre le chapitre sur Haussmann qui avait si f&#226;cheusement transform&#233; Paris'&lt;/i&gt;. En for&#234;t domaniale de La Roche-Guyon, Roger Heudebert m'explique ses efforts pour former un bon groupe de chasseurs &#8211; des gens qui respectent les consignes et ne viennent pas chercher de la viande &#8211; et assurer la reproduction du gros gibier, chevreuils et sangliers. Pour le petit, voil&#224; bien longtemps que les tableaux de cinquante li&#232;vres en ouverture de chasse ne sont plus de mise. En proie tout &#224; la fois aux desideratas de ses adh&#233;rents, aux atermoiements de la f&#233;d&#233;ration d&#233;partementale, aux borduriers des chasses voisines qui tirent jusqu'aux m&#232;res sanglier pleines pour remplir les cong&#233;lateurs, aux cavaliers qui galopent au c&#339;ur du bois, aux promeneurs dont les chiens sans laisse d&#233;vastent au printemps les couv&#233;es de perdrix et mordent &#224; l'automne les jeunes chevreuils, Roger Heudebert est parfois un peu lass&#233;. Il soupire &lt;i&gt;&#8216;La faune ici n'a pas sa place. On la pousse, la pousse...'&lt;/i&gt; Dans &lt;i&gt;La Marseillaise&lt;/i&gt;, Cabri et ses compagnons de maquis se nourrissent de merles et de li&#232;vres qu'ils font r&#244;tir devant la cam&#233;ra de Jean Renoir. D&#233;rob&#233;s &#224; la vue par les collines, ils vivotent en attendant de rejoindre le cours principal de la soci&#233;t&#233; &#224; la faveur des &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M'int&#233;resse dans l'id&#233;e de pays une adh&#233;rence au r&#233;siduel, mani&#232;re d'accommoder les restes, ce qui subsiste, continue de r&#233;sider l&#224;, non pas en s'affrontant aux grandes forces ext&#233;rieures, mais en s'y soustrayant. Pays qui, face &#224; la volont&#233; de mainmise et de conqu&#234;te, sait ne pas se poser en obstacle ou en objet mais se fondre dans les marges du paysage, attendre son heure, mettre de la d&#233;linquance en r&#233;serve. Pays que le pouvoir tol&#232;re en tant que r&#233;sidu offrant &#224; des populations marginales, un espace d'arri&#233;ration et de latence, et qui forme cet arri&#232;re-pays, conservatoire des hommes et de la nature, dans les romans et les films de Marcel Pagnol. Dans &lt;i&gt;L'eau des collines&lt;/i&gt;, les habitants des Bastides blanches sont &#8216;les descendants de quelques tribus ligures, refoul&#233;es jadis vers les collines par l'invasion romaine'. Le Vexin est un de ces pagus, territoire de repli des tribus gauloises, et serait un d&#233;riv&#233; de &lt;i&gt;Velliocas&lt;/i&gt;, nom d'une tribu qui peuplait autrefois la rive droite de la Seine, entre Pontoise et Rouen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'arboretum du bois de la Roche, un second val d&#233;bouche au Mauverand face &#224; la grande c&#244;te herbeuse de la C&#244;te-aux-chiens. Les Desvignes, qui poss&#232;dent la derni&#232;re ferme d'Amenucourt, partent cette ann&#233;e &#224; la retraite et se s&#233;parent de leur troupeau. Personne ne prend la suite. &#192; l'&#233;table, Madame Desvignes c&#226;line une petite g&#233;nisse baptis&#233;e Colline. Je songe au roman de Giono inspir&#233; par le po&#232;te am&#233;ricain Walt Whitman - &lt;i&gt;&#8216;Que vois tu Walt Whitman ? Qui sont-ils que tu salues, et qui l'un apr&#232;s l'autre te salue ? Je vois une grande merveille ronde couler &#224; travers l'espace, je vois en tout petit des fermes, des hameaux, des ruines, des cimeti&#232;res, des ge&#244;les, des fabriques, des palais, des cabanes, des huttes de barbares, des tentes de nomades sur la surface, je vois d'un cot&#233; la partie dans l'ombre o&#249; dorment les dormeurs, et de l'autre la partie ensoleill&#233;e, je vois le d&#233;placement rapide, si curieux, de la lumi&#232;re et de l'ombre, je vois des pays lointains, aussi proches et r&#233;els pour ceux qui les habitent que l'est mon pays pour moi'&lt;/i&gt;- et de fil en aiguille, &#224; &lt;i&gt;Toni &lt;/i&gt; (1935), autre film de Jean Renoir, tourn&#233; dans les &#233;tablissements Marcel Pagnol de Marseille et &#224; Martigues, dans les collines qui entourent la ville : cette &#8216;campagne latine' que Renoir se plaisait &#224; voir &#8216;inchang&#233;e depuis l'&#233;poque o&#249; les Romains vinrent organiser le pays'. L&#224; , des ouvriers immigr&#233;s, venus de toute la M&#233;diterran&#233;e, m&#232;nent, apr&#232;s le travail, la vie de paysans, remuant la terre et b&#226;tissant de petites fermes sur des lopins achet&#233;s avec leurs &#233;conomies. &lt;i&gt;&#8216;Dans Toni, je me suis appliqu&#233; &#224; faire des panoramiques qui relient clairement les personnages entre eux et &#224; leur environnement'&lt;/i&gt; &#233;crivait Jean Renoir qui recruta &#233;galement des com&#233;diens sur place, pour &#233;pauler les professionnels parmi lesquels figure d&#233;j&#224; Edouard Delmont, le Cabri de la Marseillaise qui campe Fernand, un ouvrier espagnol, confident de Toni. Inspir&#233; d'un fait-divers, le film raconte l'histoire tragique d'Antonio Canova, dit Belmont (Charles Blavette), travailleur immigr&#233; employ&#233; dans les carri&#232;res de pierres, et victime d'un engrenage social implacable. &#192; la fin du film, Toni &#233;choue &#224; se d&#233;barrasser du corps du contre-ma&#238;tre Albert sans &#234;tre vu par le garde-chasse. S'engage alors une chasse &#224; l'homme &#224; laquelle participe des gens du pays. Toni d&#233;tale le long de la voie ferr&#233;e qui l'a conduit &#224; Martigues avec la masse des autres immigrants. Mais au d&#233;bouch&#233; du viaduc, un chasseur, &#224; qui les gendarmes avaient command&#233; de tirer en l'air, l'abat comme un lapin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au pays, la vue ouvre un droit sur la vie, la vie du gibier, la vie de l'homme. L'oiseau migrateur continue de traverser &#224; la merci du regard s&#233;dentaire ce champ visuel que l'&#233;tranger de passage a longtemps redout&#233; pour lui-m&#234;me. Voyageur des temps de brigandage dont l'homme du pays savait les points d'entr&#233;e et de sortie, et &#224; qui il pouvait consentir l'hospitalit&#233; ou au contraire tendre une emb&#251;che. Les paysages, surtout les plus riants occultent la topographie de crimes enfouis, qui sont souvent l'origine m&#234;me de l'&#233;dification de la puissance fonci&#232;re et &#233;conomique. La description d'une industrie du crime commis en bande organis&#233;e fait courir le frisson sur les paysages insouciants de l'enfance d'Apu dans &lt;i&gt;La complainte du sentier&lt;/i&gt; de Bibouthi Bhoustan Banerjee, qu'adapta Satyajit Ray au cin&#233;ma (&lt;i&gt;Pather Panchali&lt;/i&gt;), apr&#232;s avoir rencontr&#233;, &#224; Calcutta, Jean Renoir venu tourner Le fleuve en 1949 : &lt;i&gt;&#8216;Au nord du village de Nischindipour, en bordure de la route qui passant par Nababganj s'en allait de Chouadanga vers Taki, dans l'immense terrain inculte s'&#233;tendant jusqu'&#224; l'horizon appel&#233; le champ de Sonadanga, au bord de la grande mare dite de Thakourjhi, se tenaient les assises des brigands. Ils se cachaient sous l'immense banian qui bordait l'&#233;tang et tuaient les voyageurs isol&#233;s pour les d&#233;pouiller de tous leurs biens. Leur fa&#231;on de proc&#233;der &#233;tait &#233;trange. Ils assommaient d'abord d'un coup de gourdin sur la t&#234;te les malheureux passants et les tuaient puis, seulement, les fouillaient. Souvent ils s'apercevaient alors que leur victime ne poss&#233;dait m&#234;me pas le quart d'une roupie. Ils jetaient ensuite les cadavres dans la mare et retournaient se poster sous l'arbre esp&#233;rant se rattraper de leur effort vain sur le prochain voyageur. L'immense banian se voit encore au milieu du champ, au nord du village, en bordure de la route'.&lt;/i&gt; Tout autant que des fils soldats tomb&#233;s pour la m&#232;re patrie, reposent dans le sol du pays des &#233;trangers de passage assassin&#233;s et des morts d'indiff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La famille Huber, implant&#233;e &#224; Ch&#233;rence o&#249; elle poss&#233;dait une grande ferme, put racheter en 1852 le Val Perron aux La Rochefoucauld, gr&#226;ce &#224; l'exploitation des carri&#232;res dans la for&#234;t de la Roche-Guyon. Achemin&#233;es &#224; Paris par la Seine, les pierres de Ch&#233;rence ont &#233;t&#233; utilis&#233;es pour r&#233;aliser, parmi les d&#233;cors sculpt&#233;s de l'Arc de triomphe, le haut relief &lt;i&gt;La Marseillaise&lt;/i&gt; (1833-1836) de Fran&#231;ois Rude sur le th&#232;me du d&#233;part des volontaires de 1792. &lt;i&gt;&#8216;Aussi loin que l'on se souvienne, ce bout du monde a toujours &#233;t&#233; l'endroit mythique o&#249; la famille se r&#233;unissait pour aller &#224; la chasse. Il y avait aussi des p&#226;turages &#224; l'entour et des vergers pour faire un peu de cidre. &#192; l'instar de Marie-Antoinette et de son hameau, mes anc&#234;tres venaient sans doute ici cultiver leur nostalgie paysanne'&lt;/i&gt; ironise Alain Huber, architecte, qui h&#233;rita des lieux en 1977. Apr&#232;s avoir consacr&#233; tout son temps libre &#224; remettre sur pied les b&#226;timents de la ferme, Alain Huber s'emploie d&#233;sormais &#224; remailler le paysage. En marge de l'agriculture intensive, il entretient des friches avec son troupeau d'&#226;nes, replante des haies pour fournir du couvert au gibier et am&#233;nage des vues en faisant entrer la lumi&#232;re en des lieux pr&#233;cis. &lt;i&gt;&#8216;Deux ans apr&#232;s une coupe &#224; blanc, on assiste &#224; de magnifiques explosions v&#233;g&#233;tales et &#224; l'apparition d'esp&#232;ces jamais vues auparavant. Il n'est pas un endroit du bois qui ne soit pour moi charg&#233; d'histoire'.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effroi du pays pour l'homme de passage n'est plus tant aujourd'hui la crainte de l'embuscade, que le climat inhospitalier qu'entretiennent avec une ardeur insoup&#231;onn&#233;e certains esprits chagrins des lieux qui &#233;tiqu&#232;tent les paysages d'une signal&#233;tique r&#233;pulsive : &#8216;&lt;i&gt;pi&#232;ges &#224; feu&lt;/i&gt;', &#8216;&lt;i&gt;chasse gard&#233;e&lt;/i&gt;' et autres propri&#233;t&#233;s dans lesquelles on p&#233;n&#232;tre &#224; ses risques et p&#233;rils. Aux toponymes les plus intimes d'un pays habit&#233; par des trajets jusque dans ses noms, se substituent les pi&#232;ges &#233;crits d'un paysage d&#233;sert&#233; par la parole, o&#249; le vocabulaire sert &#224; l'&#233;limination des nuisibles comme le &lt;i&gt;roundup&lt;/i&gt; et les taupi&#232;res. &lt;i&gt;&#8216;C'est une r&#233;gion peu sereine'&lt;/i&gt; admet Henri Blanc qui plusieurs fois par semaine, prom&#232;ne son &#8216;village ambulant' de marcheurs. Ce professeur des &#233;coles, &#224; la retraite, dont la premi&#232;re affectation fut le sud de l'Atlas, d&#233;couvrit la seconde, le plateau du Vexin fran&#231;ais, par un hiver 1966 o&#249; le thermom&#232;tre affichait moins 27. Par sa verve conjugu&#233;e &#224; ses culottes courtes, Henri m'&#233;voque Louis Pergaud, figure de l'&#233;crivain ma&#238;tre d'&#233;cole post&#233; au c&#339;ur des rudes plateaux jurassiens, dans les villages de Durnes puis de Landresse, et qui mourut, portant aux pieds ses croquenots de chasse, sous les obus de son propre camp apr&#232;s avoir &#233;t&#233; bless&#233; dans l'assaut des positions allemandes de March&#233;ville-en-Wo&#235;vre en 1915. En chef de bande fa&#231;on Lebrac et ses Longevernes dans &lt;i&gt;La Guerre des boutons&lt;/i&gt;, Henri Blanc donne des surnoms, mais n'en porte pas lui-m&#234;me : &lt;i&gt;M&#233;remptoire&lt;/i&gt;, Breton dit &lt;i&gt;le commissaire Taillanter&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;fr&#232;re Bernard &lt;/i&gt; Dans la vieille c&#244;te de Coppierres, o&#249; m&#251;rissaient jadis les raisins d'un vin de pays d&#233;funt, le vent lev&#233; aspire vers nous l'orage et les &#233;clairs. Nous nous h&#226;tons en lisi&#232;re d'une terre aux mottes dures &#224; l'oeil, tellement les haies, le couvert mis nulle part manquent. For&#231;ant la marche, nous trouvons &#224; nous abriter sous le lavoir. Henri entend la pluie plus qu'il ne la voit. Tomb&#233; depuis huit ans dans la malvoyance, ses visions sont celles, d&#233;sormais dilu&#233;es, de&lt;i&gt; &#8216;paysages tr&#232;s att&#233;nu&#233;s'&lt;/i&gt;. Ex&#233;g&#232;te des paysages et des monuments pos&#233;s devant les yeux du groupe, Henri ne les voit plus mais les commente. Il randonne d&#233;sormais dans le pays de sa m&#233;moire, et s'il marche, c'est pour se d&#233;faire d'un peu de son mal en chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sortir de Chaussy, la ferme de Boucagny appartenait autrefois au ch&#226;teau de Villarceaux, propri&#233;t&#233; de la famille de Villefranche et fief du Duch&#233; de La Roche-Guyon. C'est aujourd'hui une fromagerie et une ferme de s&#233;jour pour des classes vertes venues des banlieues proches. Des enfants d'Epinay-sur-Seine pr&#233;parent la veill&#233;e et la nuit sous tipis en ramassant des fagots de bois. L'&#233;vocation du mot 'pays' d&#233;clenche un dialogue &#224; b&#226;tons rompus sur le &lt;i&gt;&#8216;bled&lt;/i&gt;', les maisons au village et leur basse-cour qui aimantent des r&#233;cits picaresques dans lesquels le p&#232;re chasse le sanglier poursuivi par l'alligator, l'oncle monte le cheval le plus rapide de la contr&#233;e, la grand-m&#232;re &#233;l&#232;ve un troupeau de ch&#232;vres et d'&#226;nes &#224; perte de vue. Je r&#233;alise combien les attaches mauritaniennes de Boubou Diallo et de son fr&#232;re Souleyman, l'ascendance s&#233;n&#233;galaise d'Adama et d'Ibrahim Kebe, alg&#233;rienne de Munir Benchetour, ne sont pas diff&#233;rentes des attaches normandes d'Alain Huber ou des miennes. Ces pays, que la plupart n'ont jamais vu, o&#249; les parents promettent, sans pouvoir tenir, d'aller passer les grandes vacances, ne sont pas la Mauritanie, le S&#233;n&#233;gal, ou l'Alg&#233;rie, mais de simples maisons de village ou de petites fermes, converties en pays immenses par les m&#233;moires enfantines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grand-m&#232;re de St&#233;phanie de Villefranche, qui habitait le ch&#226;teau de Villarceaux, fit en 1921 l'acquisition de celui d'Ambleville aupr&#232;s d'un marchand de tableaux, connu pour ses collections de peintures italiennes et espagnoles . Elle n'y dormit jamais, mais s'int&#233;ressa aux jardins dont elle songeait &#224; retrouver le trac&#233; de la renaissance, sous leur am&#233;nagement &#224; l'Anglaise datant du XIX si&#232;cle. Davantage que la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, c'est ce r&#234;ve qu'a l&#233;gu&#233; la comtesse &#224; sa petite fille qui l'a concr&#233;tis&#233; longtemps apr&#232;s sa mort. &lt;i&gt;&#8216;Il m'a fallu longuement penser &#224; comment porter cet endroit',&lt;/i&gt; dit St&#233;phanie de Villefranche qui h&#233;rita de la propri&#233;t&#233; par son p&#232;re lorsqu'elle avait tout juste vingt-cinq ans. &lt;i&gt;&#8216;L'endroit a aussi &#233;t&#233; pour moi une fa&#231;on d'aller physiquement jusqu'au bout de mes forces. Je suis all&#233; bien souvent au-del&#224; de la fatigue physique'.&lt;/i&gt; Cette entr&#233;e en mati&#232;re conforte l'id&#233;e traditionnelle du jardin comme lieu pour soi, retir&#233; voir soustrait au monde par son propri&#233;taire. Lieu pr&#233;lev&#233; sur un espace typique, la vall&#233;e de l'Epte, et model&#233; &#224; son image par celui qui l'habite. Dans cette perspective le paysage, et &#224; fortiori le pays serait hors de la vis&#233;e du jardin, lieu clos pour qui la vue au loin ajoute &#224; l'agr&#233;ment, mais n'est pas d&#233;cisive. Pourtant &#224; la diff&#233;rence des jardins m&#233;di&#233;vaux ferm&#233;s sur eux-m&#234;mes, ou des jardins &#224; la fran&#231;aise, enti&#232;rement ma&#238;tris&#233;s, les jardins de la Renaissance s'ouvrent sur l'ext&#233;rieur, l'infini. Ceux d'Ambleville ont &#233;t&#233; con&#231;us pour &#234;tre vus d'en haut, depuis les terrasses creus&#233;es &#224; flanc de coteau. Surplombant la vall&#233;e, ils int&#232;grent les collines au loin, les bois de la Garenne et des Vignes, les brumes matinales, l'hiver quand l'Aubette, rivi&#232;re en contrebas comble la vue et la vall&#233;e. Je demande &#224; St&#233;phanie de Villefranche, occup&#233;e &#224; tailler un if sur son &#233;chelle, de fermer les yeux sur le paysage environnant. Le temps d'un portrait. Ses enfants, juste rentr&#233;s de l'&#233;cole communale, se tiennent &#224; ses cot&#233;s dans la plate-bande. Un pays appartient autant &#224; ceux qui le r&#234;vent qu'&#224; ceux qui le tiennent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Liens</title>
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&lt;p&gt;Chamanisme documentaire http://www.sfp.asso.fr/vitevu/index... &lt;br class='autobr' /&gt;
La Montagne d'Aubervilliers http://www.leslaboratoires.org/projet/edition-speciale-la-montagne-d-aubervilliers/edition-speciale-la-montagne-d-aubervilliers &lt;br class='autobr' /&gt;
Fifty-Fifty http://www.paris-art.com/marche-art... &lt;br class='autobr' /&gt;
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Chamanisme documentaire &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;http://www.sfp.asso.fr/vitevu/index..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.sfp.asso.fr/vitevu/index..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Montagne d'Aubervilliers&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;http://www.leslaboratoires.org/projet/edition-speciale-la-montagne-d-aubervilliers/edition-speciale-la-montagne-d-aubervilliers&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.leslaboratoires.org/projet/edition-speciale-la-montagne-d-aubervilliers/edition-speciale-la-montagne-d-aubervilliers&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fifty-Fifty &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;http://www.paris-art.com/marche-art..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.paris-art.com/marche-art..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant de clich&#233;s et si peu d'images &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/20..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.monde-diplomatique.fr/20..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ENSP Arles&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;http://www.ensp-arles.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.ensp-arles.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeune fille au drapeau &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;http://culturevisuelle.org/clindelo..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://culturevisuelle.org/clindelo..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Digital divide &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;http://joaoribas.blogspot.com/2006_..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://joaoribas.blogspot.com/2006_..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une photographie relationnelle &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;http://www.ens-louis-lumiere.fr/fil..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.ens-louis-lumiere.fr/fil..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Point du Jour &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lepointdujour.eu/fr/le_tableau_de_chasse&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lepointdujour.eu/fr/le_tableau_de_chasse&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perimeter Books &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;http://perimeterbooks.com/2251745/G..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://perimeterbooks.com/2251745/G..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Contact</title>
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&lt;p&gt;contact@gilles-saussier.fr &lt;br class='autobr' /&gt;
BP 113 27701 Les Andelys cedex France&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;mailto:contact@gilles-saussier.fr&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;contact@gilles-saussier.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BP 113 27701 &lt;br class='manualbr' /&gt;Les Andelys cedex &lt;br class='manualbr' /&gt;France&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'hospitalit&#233; du miroir</title>
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&lt;p&gt;Lorsque je suis intervenu &#224; Cherbourg-Octeville en 2004, je travaillais depuis deux ans &#224; Nantes sur un autre projet de renouvellement urbain dans la cit&#233; HLM de Malakoff &#224; l'invitation de l'association Peuple &amp; Culture Loire-Atlantique. La co&#239;ncidence du Grand Projet de Ville (GPV) &#224; Nantes et de l'Op&#233;ration de Renouvellement Urbain &#224; Cherbourg (ORU) semblait fournir d'embl&#233;e un fil tout trac&#233; pour travailler &#224; d&#233;construire la mani&#232;re dont sont repr&#233;sent&#233;s les quartiers d'habitat (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.gilles-saussier.fr/local/cache-vignettes/L113xH150/arton35-6a835.jpg?1733947361' class='spip_logo spip_logo_right' width='113' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lorsque je suis intervenu &#224; Cherbourg-Octeville en 2004, je travaillais depuis deux ans &#224; Nantes sur un autre projet de renouvellement urbain dans la cit&#233; HLM de Malakoff &#224; l'invitation de l'association Peuple &amp; Culture Loire-Atlantique. La co&#239;ncidence du Grand Projet de Ville (GPV) &#224; Nantes et de l'Op&#233;ration de Renouvellement Urbain &#224; Cherbourg (ORU) semblait fournir d'embl&#233;e un fil tout trac&#233; pour travailler &#224; d&#233;construire la mani&#232;re dont sont repr&#233;sent&#233;s les quartiers d'habitat populaire en France : des espaces de rel&#233;gation sans liens avec la ville v&#233;ritable, peupl&#233;s par une masse r&#233;duite &#224; ses d&#233;terminismes, c'est-&#224;-dire &#224; ses handicaps sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me m&#233;fiais cependant de reproduire &#224; Cherbourg ce que j'&#233;tais en train de faire &#224; Nantes : des tableaux et des assemblages combinant miroirs et photographies, et r&#233;alis&#233;s pour l'essentiel &#224; partir de portraits d'habitants en situation de d&#233;m&#233;nagement ou de visite de relogement&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;Propositions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf Emmanuelle Cherel : L'appartement-t&#233;moin, de l'invit&#233; au citoyen, Revue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; revisitant les &lt;i&gt;tableaux-miroirs&lt;/i&gt; de Michelangelo Pistoletto selon d'autres modalit&#233;s (miroirs inclus dans des images et non pas l'inverse, images en regard de miroirs et se recomposant dans l'espace habit&#233; dos au spectateur&#8230;) et dont la finalit&#233; n'&#233;tait pas tant de faire tableau que de faire studio en d&#233;multipliant les espaces de prise de vue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Propositions dont la finalit&#233; est aussi comme dans le projet Studio Shakhari (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette pr&#233;caution envers le ressassement stylistique qu'encourage parfois la commande publique ne fut cependant pas compl&#232;tement &#233;tanche. La photographie du chantier du canal de retenue pris depuis l'avenue Carnot fit accroc &#224; mon dogmatisme et prolongea incidemment &#224; Cherbourg les s&#233;ries avec miroir de Nantes. La cons&#233;quence de ce refus de la r&#233;p&#233;tition f&#251;t cependant le long emp&#234;chement d'un projet par l'autre. Aussi longtemps que durait Nantes, je ne sus comment m'engager &#224; Cherbourg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ind&#233;cision de forme recoupait aussi celle de la ligne politique, ou de l'absence de ligne politique, de la commande. &#192; l'inverse du Grand Projet de Ville de Nantes, l'Op&#233;ration de Renouvellement Urbain de Cherbourg-Octeville ne suscitait pas chez les habitants les inqui&#233;tudes et la contestation dont mon travail s'&#233;tait fait l'&#233;cho &#224; Malakoff dans le d&#233;bat local contre les positions de la municipalit&#233; et des &#233;quipes de quartier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Se r&#233;f&#233;rer au film documentaire de Sophie Averty et Nathalie Richardeau, &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'antagonisme et la compagnie qui nourrissent habituellement mes projets de photographes manquaient. J'&#233;tais seul, livr&#233; &#224; un espace qui ne m'&#233;voquait rien, sinon la combinaison en un grand cul-de-sac de la mer et la montagne, quand mon imaginaire est tout entier fluvial. De ma pi&#232;ce de s&#233;jour de la rue de Strasbourg, je regardais descendre les passants par la sente de l'Amont Quentin comme assis immobile &#224; l'int&#233;rieur d'un grand st&#233;nop&#233;. J'imaginais cet appartement vide et bient&#244;t d&#233;barrass&#233;e de ses huisseries. Son embrasure me semblait la focale parfaite d'une vue d'ensemble et la grande &#233;chelle que d&#233;ployaient parfois les pompiers dans la cour voisine agissait sur moi comme le tr&#233;pied d'une tr&#232;s longue pose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre mon premier s&#233;jour &#224; Cherbourg et les suivants, j'avais fait la connaissance &#224; Nantes du sociologue Jean-Yves Petiteau &#8211;connu pour sa d&#233;marche des itin&#233;raires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emmanuelle Cherel, jean-Yves Petiteau, Gilles Saussier, Lieux communs les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;- et &#224; Cherbourg de Lahsen Engoubi, un jeune adolescent du sud marocain fra&#238;chement install&#233; dans le quartier des Provinces suite &#224; un regroupement familial. Je m'&#233;tais int&#233;ress&#233; &#224; la fa&#231;on dont lui et ses amis participant au m&#234;me cours d'alphab&#233;tisation s'&#233;taient appropri&#233;s la ville. Quels &#233;taient leurs parcours urbains ? Comment voyaient-ils la place du Th&#233;&#226;tre , les monuments et les collections du mus&#233;e Emmanuel Liais ? Ces itin&#233;raires des quartiers Est vers le centre-ville de Cherbourg interrogeaient la nature des lieux. La place du th&#233;&#226;tre devenait &lt;i&gt;&#8216;le lieu pour conna&#238;tre des gens'&lt;/i&gt;. La statue de Napol&#233;on &lt;i&gt;&#8216;le monsieur sur le cheval'&lt;/i&gt;. Les jardins du Mus&#233;e Liais &lt;i&gt;&#8216;l'endroit des arbres qui vivent longtemps'&lt;/i&gt;. Le palmier &lt;i&gt;jubaca spectabilis&lt;/i&gt; qui a r&#233;sist&#233; au gel apr&#232;s les destructions des serres en 1944 et vit depuis en plein air prenait une dimension nouvelle tout comme un petit escalier de pierre de peu de relief aupr&#232;s duquel Lahcen aimait &#224; retrouver un fragment pr&#233;serv&#233; de sa maison natale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Nantes, j'avais d&#233;j&#224; eu l'intuition de ces d&#233;doublements d'espace. Je m'&#233;tais rendu compte que de tr&#232;s nombreux locataires de cit&#233;s HLM &#233;taient paradoxalement propri&#233;taires de r&#233;sidences secondaires. L'espace v&#233;cu se doublait souvent d'un espace projet&#233;, la maison au &lt;i&gt;bled&lt;/i&gt; qu'on b&#226;tissait &#224; distance. Le Sud marocain pouvait &#234;tre lu comme un arri&#232;re-pays nantais ou cherbourgeois. Un avenir hypoth&#233;tique l&#224;-bas emp&#234;chait de vivre compl&#232;tement ici. Mais, selon des modalit&#233;s conscientes ou inconscientes, ces espaces communiquaient. Il y avait de l'&#233;cho, des r&#233;sonances. J'imaginais pouvoir accompagner Lahcen lors de son trajet estival de retour au bled, confronter la typologie des lieux ici et l&#224;-bas, mais le temps de cette recherche ne co&#239;ncidait plus avec celui de la commande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fus absorb&#233; les deux ann&#233;es suivantes par mon projet du &lt;i&gt;Tableau de chasse&lt;/i&gt; en Roumanie et la pr&#233;paration avec l'&#233;quipe du Point du jour de la publication de &lt;i&gt;Studio Shakhari Bazar.&lt;/i&gt; Apr&#232;s ce livre qui s'int&#233;resse &#224; la fa&#231;on dont la photographie pens&#233;e comme un acte peut construire, &#224; l'&#233;chelle d'une rue ou d'un quartier, un espace sp&#233;cifique et partag&#233; de repr&#233;sentation, ma pratique documentaire avait pris une dimension encore plus ouvertement performative&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Durant cette p&#233;riode j'ai fait la connaissance d'Allan Sekkula lors d'un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je r&#233;alisai &#224; Nantes une performance, &lt;i&gt;Le gu&#233;&lt;/i&gt;, en en 2007 puis un film vid&#233;o &lt;i&gt;L'&#238;le d'apr&#232;s&lt;/i&gt;, retour sur un itin&#233;raire de Jean-Yves Petiteau sur une &#238;le de Loire pr&#232;s d'Ancenis. C'est dans ce contexte que je fus travaill&#233; par l'id&#233;e d'une chambre photographique en miroir sans tain dans lequel se glisserait le photographe et qui se d&#233;placerait dans l'espace public. J'aimais le c&#244;t&#233; r&#233;solument voyeuriste et contraire &#224; l'esprit de la plupart de mes projets de cette chambre sans tain dans laquelle la pellicule aurait &#233;t&#233; remplac&#233;e par le photographe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mes notes d'intention &#224; propos de la chambre miroir, j'avais &#233;crit : &lt;i&gt;&#171; L'&#233;volution technique des appareils photographiques conduit &#224; faire tenir le monde dans des appareils aux dimensions toujours plus r&#233;duites et plus maniables. La taille de la chambre miroir a &#233;t&#233; choisie pour n'y faire entrer qu'une chose : le photographe. Il s'y tient parce que l'ext&#233;rieur n'y tient pas &#187;. &lt;/i&gt;Je concevais initialement la chambre miroir comme un cube de 2, 26 m de c&#244;t&#233; soit la silhouette d'un homme debout levant un bras, &#233;chelle humaine &#224; partir de laquelle l'architecte Le Corbusier avait construit sa grille selon &#171; le modulor &#187;. Le Corbusier proposait aux autres de reconna&#238;tre leur corps dans son architecture. La chambre aurait impos&#233; au corps du photographe une unit&#233; de base &#224; sa propre &#233;chelle pour au contraire d&#233;sincarc&#233;rer le corps des personnes photographi&#233;es des accoutumances du cadrage. J'avais en t&#234;te de revisiter par cet appareil surencombrant le th&#232;me des portraits r&#233;alis&#233;s par Walker Evans m&#233;tro New-Yorkais entre 1936 et 1939 et publi&#233;s dans &lt;i&gt;Many are called (1966)&lt;/i&gt;. Walker Evans photographiait les passagers des transports sans les viser avec un appareil en bandouli&#232;re muni d'un d&#233;clencheur souple plac&#233; dans sa poche. Mais &#224; la diff&#233;rence des photographies d'Evans soustraites aux personnes photographi&#233;es, la chambre miroir produirait une contrepartie imm&#233;diate pour les personnes photographi&#233;es : leur renvoyer leur image. Les photographies produites avec la chambre miroir n'auraient &#233;t&#233; que des images d&#233;riv&#233;es d'images d&#233;j&#224; r&#233;fl&#233;chies dans l'espace public. Photographies sans primaut&#233; et dont les n&#233;gatifs auraient &#233;t&#233; comme l'empreinte d'images jamais entr&#233;es dans l'appareil, jamais m&#238;ses en bo&#238;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En imaginant un acte photographique qui pour exister n'ait pas besoin de se retrancher dans l'appareil et soit tout entier disponible et reproductible dans l'espace public, je poursuivais ma r&#233;flexion sur les conditions d'hospitalit&#233; de la photographie. Dans &lt;i&gt;Situations du reportage, actualit&#233; d'une alternative documentaire (2001)&lt;/i&gt;, j'avais d&#233;j&#224; point&#233; combien le lieu de l'instant d&#233;cisif cher &#224; Henri Cartier-Bresson et aux reporters &#233;tait inhospitalier. Le bon endroit au bon moment n'est bon que pour le photographe &#233;lu et ne peut &#234;tre envisag&#233; comme le lieu d'un partage mais plut&#244;t d'une c&#233;sure avec le monde ext&#233;rieur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Saussier, Situations du reportage, actualit&#233; d'une alternative (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quand bien m&#234;me son texte grav&#233; pr&#233;tendrait le contraire, une statue ne peut partager avec le passant son pi&#233;destal. Cette pr&#233;occupation &#233;tait r&#233;apparue dans ma fr&#233;quentation de Lahcen et de ses amis. J'avais &#233;crit dans l'exposition des photographies extraites de leurs itin&#233;raires au mus&#233;e Thomas Henry&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Commande Publique photographique 2004 &#187;, Mus&#233;e Thomas Henry, du 18 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qu'il est plus facile d'accueillir l'Egypte comme horizon &lt;i&gt;(&#8216;J'avais r&#233;solu de renouveler &#224; Cherbourg les merveilles de l'Egypte'&lt;/i&gt;) ou comme collection (mus&#233;e Liais), que de recevoir chez soi des &#201;gyptiens. Par &#8216;chez soi', je n'entendais pas seulement la ville de Cherbourg &#224; laquelle il eut &#233;t&#233; un peu facile de reprocher un manque d'hospitalit&#233;, mais aussi chez moi dans mon exposition. H&#244;te en r&#233;sidence &#224; Cherbourg, au double sens de la langue fran&#231;aise, je me posais la question de ce que mes photographies pourraient non pas seulement recueillir mais accueillir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Nantes, cet accueil avait pris la forme d'un lieu refuge de d&#233;bats et d'activit&#233;s baptis&#233; &lt;i&gt;L'appartement t&#233;moin&lt;/i&gt; o&#249; &#224; c&#244;t&#233; des &#339;uvres expos&#233;es &lt;i&gt;in situ&lt;/i&gt;, avait eu lieu pendant deux ans d&#233;bats et activit&#233;s avec les habitants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;avec la complicit&#233; de Cyril Delime, &#224; l'&#233;poque coordinateur artistique de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si je fais souvent autre chose que de seulement photographier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ce dont mes commanditaires ne me sont pas toujours redevables en particulier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est parce que je ne crois pas &#224; la contigu&#239;t&#233; au monde des photographes. Je pense qu'une des motivations fondamentales de l'acte photographique est pr&#233;cis&#233;ment de rester hors d'atteinte du monde, de ne pas en &#234;tre touch&#233;. La photographie peut-&#234;tre lue comme la pellicule, voire l'habitacle de celui qui photographie sans cesse pour s'assurer de l'&#233;tanch&#233;it&#233; de la paroi qui le retranche du monde ext&#233;rieur. Photographie que l'historien d'art Blake Stimson met en perspective avec le mod&#232;le de l'int&#233;rieur bourgeois &#224; travers l'exemple des caissons lumineux de Jeff Wall&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans un conf&#233;rence donn&#233;e au MACBA en 2007, Blake Stimson, auteur de The (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui par leur profondeur et comme ce mod&#232;le seraient travaill&#233;s par la hantise de l'effraction (&lt;i&gt;The destroyed room, doorpusher&lt;/i&gt;) et de la liqu&#233;faction (&lt;i&gt;Milk, Flooded grave&lt;/i&gt;). A distance de ce mod&#232;le spectral, m'a toujours int&#233;ress&#233; la possibilit&#233; de conf&#233;rer &#224; l'activit&#233; photographique une &#233;paisseur et un contenu qui se d&#233;veloppe au fur et &#224; mesure que s'ext&#233;riorise et se s&#233;dimente le processus photographique. Une certaine contig&#252;it&#233; avec le monde ext&#233;rieur se r&#233;tablit alors dans le processus temporel comme sous le chapiteau de &lt;i&gt;Shakhari bazar&lt;/i&gt; ou les &#233;pisodes successifs d'Envers des villes, endroit des corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perspective en 2008 de l'ouverture du centre d'art du Point du jour fournit l'occasion de concr&#233;tiser le projet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'avais entre-temps transform&#233; la forme de la chambre photographique en une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. A la mi-juin nous f&#238;mes circuler la chambre miroir &#224; Cherbourg d'abord &#224; proximit&#233; du canal de retenue puis en centre-ville, enfin le dernier jour sur le march&#233; des Provinces o&#249; je retrouvais Lahcen. J'avais imagin&#233; faire l'essentiel de mes prises de vue depuis l'int&#233;rieur de la cimaise &#224; travers la paroi sans tain, mais il m'apparut tr&#232;s vite, et ce fut un soulagement, que la chambre miroir &#233;tait la plus int&#233;ressante &#224; utiliser pour photographier de l'ext&#233;rieur que de l'int&#233;rieur. Pouss&#233;e de par les rues du centre-ville, la chambre miroir recomposait et le paysage urbain et les perspectives. Elle autorisait surtout &#224; la mani&#232;re d'un studio ambulant de proposer &#224; toute personne passant &#224; sa proximit&#233; de poser devant le miroir. Cette ouverture du portrait &#224; quiconque surgissant face &#224; soi dans l'espace public n'&#233;tait pas sans provoquer chez moi la forte r&#233;miniscence de &lt;i&gt;Shakhari Bazar&lt;/i&gt; dans lequel je suis parfois parvenu &#224; faire du portrait une r&#233;ponse inconditionnelle &#224; la rencontre d'autrui et un pur geste d'hospitalit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par inconditionnel, je fais r&#233;f&#233;rence &#224; la fa&#231;on dont Jacques Derrida (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Avec cette diff&#233;rence que les personnes photographi&#233;es ne fixaient plus mon objectif mais composaient avec leur propre image dans le miroir. Moments de face &#224; face avec soi-m&#234;me, et d'inscription de soi dans le miroir de la ville en mouvement, que je regarde comme les v&#233;ritables n&#233;gatifs de ces photographies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;`&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf Emmanuelle Cherel : L'appartement-t&#233;moin, de l'invit&#233; au citoyen, Revue 303, 2004 : &lt;i&gt;&#171; On conviendra que c'est l'ext&#233;riorit&#233; que probl&#233;matise Saussier. A l'inverse d'un mod&#232;le psychologique o&#249; le moi existe plein de ses significations avant d'entrer en contact avec le monde ext&#233;rieur, elles permettent une exp&#233;rience qui admet que le moi se r&#233;alise en s'ext&#233;riorisant. La vision et la repr&#233;sentation de soi et de l'autre se modifient sans cesse. dans l'exp&#233;rimentation. (...) Autrement dit, les photographies de Saussier ne font pas image. Elles renvoient le spectateur &#224; sa propre d&#233;finition. Celui-ci est pris dans une confrontation entre la perception de lui m&#234;me en tant qu'image et ce qui mine cette perception, entre vision et engagement dans la vision (et par l&#224; m&#234;me une forme particuli&#232;re de corpor&#233;it&#233;), entre formes fixes et formes mouvantes, variables &#224; l'infini. Partages d'une r&#233;alit&#233; et d'une fiction, les propositions de G. Saussier ne fixent pas les gestes et un r&#233;cit, mais, bousculent le travail de d&#233;finition stable de la m&#233;moire des images. La photographie, cette trace fragile, circule entre les corps et les regards. Le spectateur, n'est assujetti &#224; aucune juste place. Engag&#233; dans la complexit&#233; du processus repr&#233;sentationnel, il reste libre, dispose de ses mouvements, de ses &#233;motions et de ses jugements. Son regard se d&#233;place en m&#234;me temps que les objets et sa pens&#233;e (m&#234;me th&#233;orique) est migrante. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Propositions dont la finalit&#233; est aussi comme dans le projet &lt;i&gt;Studio Shakhari bazar&lt;/i&gt; (Le point du jour &#233;diteur, 2006), la perp&#233;tuation et la d&#233;multiplication de l'espace de prise de vue dans l'espace d'exposition.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Se r&#233;f&#233;rer au film documentaire de Sophie Averty et Nathalie Richardeau, &#171; &lt;i&gt;Avec vue sur Loire &lt;/i&gt; &#187;, 52mn, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Emmanuelle Cherel, jean-Yves Petiteau, Gilles Saussier, Lieux communs les cahiers du LAUA, &#171; Lui et l'histoire des miroirs, une &#233;pop&#233;e entre art et anthropologie &#187;, Nantes 2006 : &lt;i&gt;&#8216; L'Itin&#233;raire est une exp&#233;rience partag&#233;e entre le chercheur et &#171; l'autre &#187;. Cette m&#233;thode qui consiste pour le chercheur &#224; accompagner la personne interview&#233;e dans une d&#233;ambulation urbaine s'apparente aux m&#233;thodes biographiques. Au del&#224; du th&#232;me de recherche, l'histoire de vie reste le fil de la relation entre le chercheur et l'autre, sans que cette histoire ne se confonde pour autant avec un t&#233;moignage. Lors des interviews non directifs, syst&#233;matiquement enregistr&#233;s, qui pr&#233;c&#233;dent la journ&#233;e de l'Itin&#233;raire, l'interview&#233; est sollicit&#233; par le sociologue pour lier le th&#232;me de la recherche &#224; des s&#233;quences et &#224; leurs articulations telles qu'il les pr&#233;l&#232;ve de son histoire de vie. Au cours de ces entretiens, les partenaires apprennent &#224; se reconna&#238;tre, engagent ensemble un dialogue, s'approprient et rendent explicite l'objet de la recherche. La confiance qui en r&#233;sulte permet au chercheur de proposer une transaction plus radicale, &#224; savoir le passage sur le terrain, qui va poser autrement l'ensemble des donn&#233;es : la journ&#233;e de l'Itin&#233;raire. La dur&#233;e de cette journ&#233;e varie selon la volont&#233; du guide et la disponibilit&#233; du sociologue &#8216;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Durant cette p&#233;riode j'ai fait la connaissance d'Allan Sekkula lors d'un colloque au Jeu de Paume puis dans le cadre d'une commande du MACBA de Barcelone en 2007. Dans &lt;i&gt;Titanic wake&lt;/i&gt;, publi&#233; par le Point du jour en 2005, j'aime particuli&#232;rement la s&#233;rie intitul&#233;e &lt;i&gt;Dear Bill Gates&lt;/i&gt; o&#249; Allan se photographie nageant au large de la villa de Bill Gates mise en regard d'une lettre magnifique adress&#233; au magnat de l'informatique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilles Saussier, Situations du reportage, actualit&#233; d'une alternative documentaire, Communications N&#176;71, 2001 : &lt;i&gt;&#8216;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;Cette r&#233;ticence chronique &#224; parler du terrain en dehors des ritournelles h&#233;ro&#239;ques ou romantiques, est compliqu&#233;e par le fantasme de l'invisibilit&#233;, le culte &#8216;du bon endroit au bon moment', sous-jacent &#224; la tradition de &#8216;l'instant d&#233;cisif', popularis&#233;e par Henri Cartier-Bresson. Aux personnes photographi&#233;es qui lui demandent ce qu'il fait l&#224;, o&#249; ce qu'il attend d'eux, le reporter apprend tr&#232;s t&#244;t &#224; r&#233;pondre &#8216;Ne vous occupez pas de moi, continuez, faites comme si je n'&#233;tais pas l&#224;, soyez naturel, ne regardez pas l'objectif'. Le &#8216;bon endroit au bon moment' n'est bon que pour celui qui photographie. Ce n'est en aucun cas un lieu partag&#233; avec le sujet photographi&#233;, comme peut l'&#234;tre le studio du portraitiste, mais au contraire le point d'une coupure avec le monde ext&#233;rieur, qui consacre la singularit&#233; et l'acuit&#233; du &#8216;regard' port&#233; par le photographe sur le monde ext&#233;rieur', p ?.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Commande Publique photographique 2004 &#187;, Mus&#233;e Thomas Henry, du 18 d&#233;cembre 2004 au 16 janvier 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;avec la complicit&#233; de Cyril Delime, &#224; l'&#233;poque coordinateur artistique de Peuple &amp; Culture 44.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ce dont mes commanditaires ne me sont pas toujours redevables en particulier lorsqu'il s'agit de l'administration publique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans un conf&#233;rence donn&#233;e au MACBA en 2007, Blake Stimson, auteur de &lt;i&gt;The pivot of the world&lt;/i&gt; insistait sur la dimension de container des caissons lumineux de Jeff Wall. Ces remarques avaient aliment&#233;es ma r&#233;verie et je m'&#233;tais demand&#233; si effectivement il ne fallait par regarder les caissons de J.Wall comme des caveaux dans lesquels le photographe reposerait gisant dans l'espace entre la surface du mur et celle de l'image parmi les tubes fluorescents. Comme quelqu'un qui craignant la lumi&#232;re du jour et les atteintes de l'espace public se r&#233;fugierait dans le demi-jour des institutions mus&#233;ales en dernier vampire de l'art moderne. Un h&#233;ro r&#233;fugi&#233; en ses tableaux comme en autant de caveaux de famille d'o&#249; la peinture d'histoire et la mythologie bourgeoise de l'artiste reviendraient avec le ressac, les coquillages, les &#233;toiles de mer, hanter le quotidien et vider de leur sang les choses vues.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'avais entre-temps transform&#233; la forme de la chambre photographique en une cimaise sur roulettes de deux m&#232;tres de haut par trois m&#232;tres de large dont un c&#244;t&#233; seulement pr&#233;sentait une surface en film miroir sans tain. Les plans avaient &#233;t&#233; dessin&#233;s &#224; Nantes par un ami architecte, Xavier Fouquet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par inconditionnel, je fais r&#233;f&#233;rence &#224; la fa&#231;on dont Jacques Derrida distingue entre une hospitalit&#233; conditionnelle qui s'adresse &#224; l'invit&#233; annonc&#233; et une hospitalit&#233; absolue qui consiste &#224; ne pas savoir et &#8216;&lt;i&gt;aussi &#224; &#233;viter toute question au sujet de l'identit&#233; de l'autre, son d&#233;sir, ses r&#232;gles, sa langue, ses capacit&#233;s de travail, d'insertion, d'adaptation &#187; dans &lt;/i&gt;Jacques Derrida, Une hospitalit&#233; &#224; l'infini, manifeste pour l'hospitalit&#233;, &#233;ditions Paroles d'Aube, 1999 p 103. Transposant le propos, on pourrait dire que la photographie propose habituellement une hospitalit&#233; conditionnelle soit parce qu'elle se destine &#224; des invit&#233;s (le client du portraitiste par exemple) soit parce qu'elle pr&#233;juge de l'identit&#233; de ceux qu'elle photographie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'appartement-T&#233;moin</title>
		<link>https://www.gilles-saussier.fr/commandes/l-appartement-temoin/l-appartement-temoin-32</link>
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		<dc:date>2010-11-14T18:59:53Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>bust</dc:creator>


		<dc:subject>Intro</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La cr&#233;ation de L'Appartement-t&#233;moin a r&#233;sult&#233; d'une commande pass&#233;e par l'association (Peuple&amp;Culture Loire-Atlantique) dans le cadre du grand Projet de Ville de Nantes. Ouvert de 2004 &#224; 2005 dans deux b&#226;timents successifs de la cit&#233; Malakoff, ce lieu &#233;ph&#233;m&#232;re d'activit&#233; et d'exposition jouait avec l'id&#233;e de lieu rep&#232;re, r&#233;f&#233;rant. Le terme m&#234;me d'appartement-t&#233;moin posait la question de celui qui a vu ou entendu quelque chose et qui peut le rapporter. Autrement dit, son concept (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.gilles-saussier.fr/commandes/l-appartement-temoin/" rel="directory"&gt;L'appartement-T&#233;moin&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.gilles-saussier.fr/intro" rel="tag"&gt;Intro&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La cr&#233;ation de L'Appartement-t&#233;moin a r&#233;sult&#233; d'une commande pass&#233;e par l'association (Peuple&amp;Culture Loire-Atlantique) dans le cadre du grand Projet de Ville de Nantes. Ouvert de 2004 &#224; 2005 dans deux b&#226;timents successifs de la cit&#233; Malakoff, ce lieu &#233;ph&#233;m&#232;re d'activit&#233; et d'exposition jouait avec l'id&#233;e de lieu rep&#232;re, r&#233;f&#233;rant. Le terme m&#234;me d'appartement-t&#233;moin posait la question de celui qui a vu ou entendu quelque chose et qui peut le rapporter. Autrement dit, son concept s'appuyait sur le fait que tout habitant de Malakoff &#233;tait spectateur d'un fait collectif : la politique urbaine de la ville.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Situ&#233; d'abord rue du Pays-de-Galles dans deux logements promis &#224; la d&#233;molition, &lt;i&gt;L'Appartement-t&#233;moin&lt;/i&gt; r&#233;unissait deux T4 se faisant face sur le m&#234;me pallier. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier appartement &#233;tait un espace plein anthropologique, o&#249; avait &#233;t&#233; recr&#233;e un int&#233;rieur t&#233;moin &#224; la fa&#231;on d'un &#233;co-mus&#233;e &#224; partir de meubles et d'objets glan&#233;s aupr&#232;s des 160 familles d&#233;log&#233;es de cette barre d'immeuble HLM. Ce premier espace proposait des ateliers d'&#233;criture, des d&#233;bats radiophoniques, des rencontres avec des architectes et des urbanistes. Le second appartement, laiss&#233; vide, avait &#233;t&#233; transform&#233; en espace d'exposition pour des installations photographiques compos&#233;es de miroirs et de portraits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mon arriv&#233;e dans la cit&#233; Malakoff, je m'&#233;tais d&#233;j&#224; pos&#233; en t&#233;moin. Un tiers des 160 familles avait d&#233;j&#224; d&#233;m&#233;nag&#233;. Suivant les entretiens individuels de relogement par les services du bailleur social, je pris la d&#233;cision de ne photographier les habitants que les jours des d&#233;m&#233;nagements et des visites de relogement. Les portraits produits sont ceux de gens mobiles, parfois d&#233;sorient&#233;s ou concentr&#233;s, se projetant mentalement dans un nouvel espace vide &#224; habiter. Les installations combinant portraits et miroir font r&#233;f&#233;rence aux &lt;i&gt;quadri specchianti&lt;/i&gt; de Michelangelo Pistoletto et &#224; la dimension sp&#233;culative des vues sur Loire qu'offraient les logements d&#233;truits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On conviendra que c'est l'ext&#233;riorit&#233; que probl&#233;matise Saussier. A l'inverse d'un mod&#232;le psychologique o&#249; le moi existe plein de ses significations avant d'entrer en contact avec le monde ext&#233;rieur, elles permettent une exp&#233;rience qui admet que le moi se r&#233;alise en s'ext&#233;riorisant. La vision et la repr&#233;sentation de soi et de l'autre se modifient sans cesse. dans l'exp&#233;rimentation. (...) Autrement dit, les photographies de Saussier ne font pas image. Elles renvoient le spectateur &#224; sa propre d&#233;finition. Celui-ci est pris dans une confrontation entre la perception de lui m&#234;me en tant qu'image et ce qui mine cette perception, entre vision et engagement dans la vision (et par l&#224; m&#234;me une forme particuli&#232;re de corpor&#233;it&#233;), entre formes fixes et formes mouvantes, variables &#224; l'infini. Partages d'une r&#233;alit&#233; et d'une fiction, les propositions de G. Saussier ne fixent pas les gestes et un r&#233;cit, mais, bousculent le travail de d&#233;finition stable de la m&#233;moire des images. La photographie, cette trace fragile, circule entre les corps et les regards. Le spectateur, n'est assujetti &#224; aucune juste place. Engag&#233; dans la complexit&#233; du processus repr&#233;sentationnel, il reste libre, dispose de ses mouvements, de ses &#233;motions et de ses jugements. Son regard se d&#233;place en m&#234;me temps que les objets et sa pens&#233;e (m&#234;me th&#233;orique) est migrante. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emmanuelle Cherel : &lt;i&gt;L'Appartement-t&#233;moin, de l'invit&#233; au citoyen, Revue 303&lt;/i&gt;, 2004.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Retour au pays</title>
		<link>https://www.gilles-saussier.fr/commandes/retour-au-pays-14/retour-au-pays-31</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>bust</dc:creator>


		<dc:subject>Intro</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En r&#233;ponse &#224; une commande de la direction r&#233;gionale de l'environnement (DIREN), je r&#233;alise une s&#233;rie de portraits d'usagers du paysage de la vall&#233;e de l'Epte aux confins de l'&#238;le-de-France et de la Normandie. Ces images sont expos&#233;es pour la premi&#232;re fois &#224; la Documenta 11 de Kassel. Je cherche &#224; faire appara&#238;tre sous le paysage ceux qui le fabriquent, et m'int&#233;resse &#224; la mani&#232;re dont un site class&#233; devient un territoire &#224; travers les appropriations dont il est l'objet. Mes portraits (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En r&#233;ponse &#224; une commande de la direction r&#233;gionale de l'environnement (DIREN), je r&#233;alise une s&#233;rie de portraits d'usagers du paysage de la vall&#233;e de l'Epte aux confins de l'&#238;le-de-France et de la Normandie. Ces images sont expos&#233;es pour la premi&#232;re fois &#224; la Documenta 11 de Kassel. Je cherche &#224; faire appara&#238;tre sous le paysage ceux qui le fabriquent, et m'int&#233;resse &#224; la mani&#232;re dont un site class&#233; devient un territoire &#224; travers les appropriations dont il est l'objet. Mes portraits panoramiques se situent dans un entre-deux du paysage et du portrait, dans lesquels les personnages op&#232;rent une m&#233;diation envers le spectateur : ils sont le point d'acc&#232;s au territoire. Le paysage se d&#233;voile comme espace mental, tout autant r&#234;v&#233; que pratiqu&#233;. Vis&#233;e imaginaire que traduit un dispositif de pose les yeux ferm&#233;s qui d&#233;barrasse le portrait de ses enjeux traditionnels de pouvoir (dessein pour le photographe de peindre psychologiquement ses mod&#232;les, souci chez ces derniers de contr&#244;ler leur image d'eux m&#234;me) et renoue avec la vocation de pacification sociale du tableau-paysage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Au pays la vue ouvre un droit sur la vie, la vie du gibier, la vie de l'homme. L'oiseau migrateur continue de traverser &#224; la merci du regard s&#233;dentaire ce champs visuel que l'&#233;tranger de passage a longtemps redout&#233; pour lui m&#234;me. Voyageur des temps de brigandage dont l'homme de pays savait les points d'entr&#233;e et de sortie, et &#224; qui il pouvait consentir l'hospitalit&#233; ou au contraire tendre une emb&#251;che. Les paysages, surtout les plus riants, occultent la topographie des crimes enfouis, qui sont souvent l'origine m&#234;me de l'&#233;dification de la puissance fonci&#232;re et &#233;conomique. Tout autant que des fils-soldats tomb&#233;s pour la m&#232;re-patrie, reposent dans le sol du pays des &#233;trangers de passage assassin&#233;s et des indigents morts d'indiff&#233;rence. &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Gilles Saussier in &lt;i&gt;Paysages territoires, L'Ile-de-France comme m&#233;taphore&lt;/i&gt; p 298 (Editions Parenth&#232;ses 2002).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Barrios chinos</title>
		<link>https://www.gilles-saussier.fr/commandes/barrios-chinos/barrios-chinos-30</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>bust</dc:creator>


		<dc:subject>Intro</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En 2007, le mus&#233;e d'art contemporain de Barcelone (MACBA) passe commande &#224; une quinzaine de photographes internationaux, parmi lesquels David Goldblatt, Hans-Peter Feldman, Allan Sekkula, pour produire de nouvelles repr&#233;sentations de la m&#233;tropole catalane. Cette commande donne lieu l'ann&#233;e suivante &#224; une exposition dans le cadre de L'Archive universelle, la condition du document et l'utopie photographique moderne. &lt;br class='autobr' /&gt; Mes commanditaires m'imposent de traiter des nouvelles centralit&#233;s urbaines (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.gilles-saussier.fr/commandes/barrios-chinos/" rel="directory"&gt;Barrios chinos&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.gilles-saussier.fr/intro" rel="tag"&gt;Intro&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 2007, le mus&#233;e d'art contemporain de Barcelone (MACBA) passe commande &#224; une quinzaine de photographes internationaux, parmi lesquels David Goldblatt, Hans-Peter Feldman, Allan Sekkula, pour produire de nouvelles repr&#233;sentations de la m&#233;tropole catalane. Cette commande donne lieu l'ann&#233;e suivante &#224; une exposition dans le cadre de &lt;i&gt;L'Archive universelle, la condition du document et l'utopie photographique moderne&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mes commanditaires m'imposent de traiter des nouvelles centralit&#233;s urbaines cr&#233;&#233;s par la diaspora chinoise quand tout m'attire vers le &lt;i&gt;Raval&lt;/i&gt; et sa communaut&#233; pakistanaise, miroir invers&#233; de &lt;i&gt;Shakhari bazar&lt;/i&gt;. Je documente les quartiers de &lt;i&gt;Badalona&lt;/i&gt; form&#233; d'entrep&#244;ts de produits d'importation et de &lt;i&gt;Santa-Coloma&lt;/i&gt; sp&#233;cialis&#233; dans les services de proximit&#233; pour les communaut&#233;s migrantes. Puis en marge de ces zones embl&#233;matiques et d&#233;sign&#233;es d'avance, je m'int&#233;resse dans &lt;i&gt;La Sagrera&lt;/i&gt; &#224; la mani&#232;re dont la culture populaire des bars de quartiers catalans survit gr&#226;ce au rachat de ces bars par des familles chinoises. Les portraits crois&#233;s des tenanciers chinois, du personnel tant&#244;t autochtone tant&#244;t immigr&#233;, et des habitu&#233;s catalans r&#233;v&#232;lent un processus d'hybridation et d'impr&#233;gnation r&#233;ciproque tr&#232;s &#233;loign&#233; des st&#233;r&#233;otypes du &lt;i&gt;chinatown&lt;/i&gt; en tant que quartier chinois clos et homog&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.macba.cat/survey/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.macba.cat/survey/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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